Laisse-moi t’aimer

Me baladant avec ma guitare, je me retrouve dans un endroit un peu particulier. Mon manager me pousse à franchir le pas de la porte.

Je fume une cigarette et me décide à me diriger vers la lumière rougeâtre où se trouvent un bar, puis une scénette. Une mousse me fait de l’œil, je dépose mon instrument et m’en déguste une, puis deux, puis trois.

Sous les conseils de mon manager – un grand type un peu boursouflé, la cinquantaine – je me place devant l’entrée du bâtiment et joue quelques accords en usant et abusant de mes talents de castrat.

Des heures et des heures durant, l’indifférence générale me pousse à m’en aller au café d’en face et à continuer, a cappella, mes envolées lyriques.

Ces gens, étaient bien étranges…

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On sort la tête des bouquins pour une petite balade en VILLE…

Hier après-midi, plutôt qu’un débat dans l’obscure et cossue salle du Vecteur, Livresse proposait de poursuivre la réflexion sur le terrain en arpentant les rues en compagnie d’Adrien Tirtiaux, diplômé en architecture mais aussi artiste et fondateur du collectif « Hotel Charleroi ».

Attention ceci n’est pas une balade touristique !

Comme précisé dans son mot d’introduction, loin des circuits touristiques classiques, le guide du jour a préféré opter pour la présentation de non-lieux et de mettre en lumière la criante fragmentation urbanistique de Charleroi.

Bien que la formule ne constitue sans doute pas une carte de visite des plus flatteuses pour notre chère cité, le point de vue méritait d’être développé. Il est évident que les nombreuses incohérences architecturales qui jalonnent les rues de la ville n’ont pas manqué d’attirer l’attention voire les railleries des citadins les plus avertis, mais la mise en lien de tous ces éléments disparates a permis aux participants de prendre un peu de hauteur et d’appréhender cette problématique urbanistique récurrente dans sa globalité.

Progressivement hissée au rang de grande métropole au fil des décennies, Charleroi la coquette n’a jamais lésiné sur les séances de lifting. Malheureusement, avec ce genre d’intervention, on n’est jamais vraiment à l’abri des catastrophes !

De grandes ambitions urbanistiques, les décideurs carolorégiens n’en ont certes jamais manquées. A l’image de l’anarchisme architectural qui caractérise le centre-ville, force est de constater que la volonté d’innover a toujours pris le dessus sur la cohérence et l’esthétisme. S’il fallait résumer la pathologie principale de Charleroi, beaucoup s’accorderaient sur cette inébranlable capacité à détruire pour mieux reconstruire…

La Maison du peuple transformée en sinistre tour de verre, la malédiction du terrain où jadis s’érigeait fièrement la maternité Reine Astrid, le titanesque centre de tri postal qui n’aura servi que dix ans… la liste est encore longue et les perspectives de voir enfin s’instaurer une vision urbanistique globale et cohérente n’ont pas vraiment l’air de se profiler.

Comme le souligne Adrien Tirtiaux, Charleroi doit arrêter de se chercher des veilles pierres à tout prix. La forteresse a été démantelée à partir de 1867, on peut toujours courir… Notre patrimoine est là sous nos yeux ! Charleroi n’est pas Namur, Bruges et encore moins Bruxelles mais le patrimoine lié à notre passé industriel constitue l’une des pages majeures de notre histoire. La plupart des acteurs culturels et artistiques l’ont bien compris et y travaillent, il est grand temps que cette prise de conscience s’étende également aux pouvoirs publics et aux acteurs socio-économiques.

Hier soir, une performance proactive

Le soir venu, après une journée entière à déambuler dans la rue de Marcinelle furetant de poubelles en poubelles, l’homorattus s’est prêté à un rituel assez étrange. Accompagné d’un congénère, ils brandissaient à deux, un poulet cru-cifié dans une sombre pièce où des slogans et cris divers résonnaient.

Dans une pièce annexe et bien plus éclairée, une performance consistait à vider toutes les bières exposées sur une étagère contenant une cent-cinquantaine de bières.

L’exercice, moins évident qu’il n’y paraît, plongeait les performers – donc l’ensemble des visiteurs – dans une ambiance stroboscopique froide, réchauffée par le simple fait de boire des bières entre amis.

L’homorattus préférant la vodka à la bière, il était difficile de compter sur ces rats pour mettre à mal ce petit jeu éthylique.

Autour d’un verre avec Philippe Gargov…

« Je pose plus de questions que je ne donne de réponse… », le ton est donné, la réflexion, Philippe Gargov en a fait son métier ! Géographe de formation, ce Parisien pure souche est le fondateur d’un blog de réflexion autour des problématiques urbaines, « [pop up] urbain ». Il était l’invité de Livresse à l’occasion du débat sur les cultures urbaines, il en a profité pour se poser quelques jours et découvrir le Pays Noir.

Consultant en prospective(s) urbaine(s)… d’entrée, l’intitulé interpelle . Un boulot sur mesure ? Il y a sans doute un peu  de ça. Inconditionnel de la pop-culture depuis toujours, Philippe est convaincu du potentiel de réflexion que celle-ci peut générer en matière de problématiques urbaines. Jeux vidéos, musiques, séries… la matière ne manque pas et les pistes que l’explorateur urbain propose peuvent surprendre de prime abord mais ne manquent pas de pertinence et d’audace. Entendons-nous bien, Philippe Gargov ne prétend aucunement que tout est à prendre comptant, mais il estime que les thèmes sociétaux abordés par le biais de la pop-culture se prêtent tout à fait à une mise en perspective avec les enjeux urbains de notre époque.

Un peu alambiqué, tout ça ? Un petit exemple vaut parfois mieux qu’un long discours : parlons de gentrification et de Pokemon!!! Dans le jeu vidéo inspiré du célèbre dessin animé, lors de la 3ème étape de l’aventure, les personnages arrivent dans une bourgade répondant au nom de Maillard. Dans les différents dialogues, les habitants présentent leur cité comme étant une ville dédiée à l’art qui a été construite sur ancien site industriel. Ils vantent leur qualité de vie en dénigrant allègrement l’ancienne vocation des lieux. Pour Philippe Gargov, les auteurs font clairement l’apologie de la gentrification. Autrement dit, du phénomène d’embourgeoisement des quartiers populaires ayant entre autre pour conséquence l’éviction progressive d’une frange plus précarisée de la population.

Sans réellement fustiger la réhabilitation de friches urbaines au profit de la culture et de la créativité artistique – ça tombe bien, on est quand-même à Charleroi…-, l’auteur interroge sur l’accentuation des disparités entre les différentes classes de la société engendrée par de telles démarches.

Cette réflexion illustre parfaitement l’ensemble de la mission dont s’est investi Philippe Gargov. Loin de l’emballement frénétique impulsé par le rythme étourdissant auquel évolue notre société, il veille à garder un regard critique et à faire le contre-pied des grandes tendances urbaines.

Découvrez [pop up] urbain :http://www.pop-up-urbain.com/

Livresse dans l’assiette!

Le midi, avec  l’ASBL Cook Lis. co,  laissez-vous embarquer pour une escapade gourmande rythmée par de surprenantes rencontres des cultures!

Ce midi, menu « Nolita » inspiration Little Italy et Japon !

Demain, menu « Indy Fast Food »! La restauration rapide revisitée façon indienne…

Venez vous régaler pendant Livresse à partir de 12h.

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